Une comédie d’usurpateurs, d’arrivistes et d’opportunistes*

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Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

« En ce monde et dans l’autre,les méchants sont toujours bien embarrassants » Jean Jacques Rousseau, Les confessions
Monsieur le Président de la République,
Il apparaît clairement qu’ils n’ont pas pu entretenir le panache de tous ceux qui ont ensemencé cette Administration, fleuron du genre en Afrique et dans le monde, par leurs compétences, leur savoir faire et leur savoir être. Nous n’avons pas le droit de ternir le rayonnement de ces hommes d’exception que sont les fondateurs de la nation et de l’Administration et tous ceux qui ont contribué à la consolidation de ce legs qui constitue le socle et le ferment de l’exception sénégalaise, en termes de cohésion sociale et de stabilité politique.
Il apparaît clairement qu’ils n’ont pas pu entretenir le panache de tous ceux qui ont ensemencé cette Administration, fleuron du genre en Afrique et dans le monde, par leurs compétences, leur savoir faire et leur savoir être. Nous n’avons pas le droit de ternir le rayonnement de ces hommes d’exception que sont les fondateurs de la nation et de l’Administration et tous ceux qui ont contribué à la consolidation de ce legs qui constitue le socle et le ferment de l’exception sénégalaise, en termes de cohésion sociale et de stabilité politique.
Le peuple sénégalais, jadis très fier de ses ressources humaines, mérite-t-il ce constat d’échec ? Les fonctionnaires sont devenus amorphes, incapables de relever les défis de modernisation des services de l’état et de mettre en oeuvre des démarches administratives simplifiées ou leur dématérialisation au bénéfice des usagers. IL en sera ainsi tant qu’ils seront recrutés dans « la rue publique », – à la faveur de contrats spéciaux et quotas politiques-, par des politiciens qui les engagent dans un combat stérile, fanatique et sans grandeur au gré de leur vanité. Certains politiciens crédules, à cinquante ans révolus, sont encore dans la sublimation puérile des diplômes au détriment des compétences avérées dans la conduite des politiques publiques. Ils jettent, au moindre désaccord, l’opprobre sur leurs alliés en disqualifiant les diplômes qu’ils ont obtenus, en les traitant de médiocres (…) ou en décriant la sinuosité de leur trajectoire professionnelle. La réciprocité de ces attaques, provenant de la majorité ou de l’opposition, est telle qu’on se croirait dans une comédie humaine d’imposteurs, d’usurpateurs, d’arrivistes et d’opportunistes. Tout cela est corroboré par la faiblesse notoire du niveau d’écriture relevée dans les actes et communiqués du gouvernement (des fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe). Pour pallier ces insuffisances, le Bureau d’organisation et de méthode (B.O.M) ne devrait-il pas mettre les hauts fonctionnaires de l’Etat à l’école de leurs prédécesseurs dont la clairvoyance et la rigueur étaient réputées viscérales ?
Au titre des errements, la libération de Khalifa Sall et consorts pourrait être citée comme exemple et versée au passif de l’administration de la justice. Les autorités de l’administration Senghor ou Diouf, dont la rigueur juridique semblait être le premier souci, n’auraient jamais pris un décret présidentiel accordant une remise totale ou partielle de peines à des détenus. Les prescrits de la constitution et les dispositions des lois et règlements sont clairs en l’espèce : Le Président de la république a le droit de faire grâce à tout détenu dont la condamnation est devenue définitive mais il ne peut décider de lui accorder une remise totale ou partielle de peines car celle-ci est une mesure d’administration judiciaire qui relève de la compétence du juge de l’application des peines. Le décret présidentiel accordant une remise totale de peines est invraisemblablement insolite pour que la pratique fournisse des précédents en la matière. Cependant, il faut mentionner que la chancellerie a fait parfois cohabiter dans le même décret la grâce et des remises de peines partielles pour faire diligence, sous prétexte, qu’il s’agit de faveurs qui ne sont pas susceptibles de recours. Même si elle n’ignore pas que « l’absence de contentieux ne confère pas la régularité ». On peut citer aussi dans la même veine, le décret présidentiel portant nomination du nouveau Directeur général de l’IPRES qui a été rapporté pour non-conformité aux règles qui régissent le fonctionnement de la dite-institution. Tous ces errements procèdent parfois, comme disait l’autre, de stratagèmes illusionnistes qui laissent les populations indifférentes.
Face à ces manquements et errements, certains analystes assimilent l’indifférence des populations à une attitude de connivence ou de démission. D’autres pensent qu’elles sont perplexes parce qu’elles ont peur. Qu’ils se détrompent, les populations n’ont jamais connu la peur d’avoir peur. Il faut, donc, se garder de ne jamais leur donner l’occasion d’avoir peur car le jour qu’elles connaitront la peur qui découle de l’ambiance angoissante des tensions sociales, économiques ou environnementales extrêmes (…),-que Dieu nous en garde-, elles sortiront inéluctablement, dans la rue pour l’affronter au prix de leur survie.
L’accélération des politiques publiques de développement en cours et leur achèvement pourraient être salutaires, selon ceux qui sont chargés de rendre visibles vos réalisations. Mais le pari gagnant réside plus dans la préservation de l’unité nationale, la stabilisation d’une administration forte, performante et accessible, la restauration de la relation de confiance avec les populations et la consolidation des acquis de l’Etat de droit, notamment la primauté de la constitution et la garantie des libertés et droits fondamentaux.
Monsieur le Président, Vous êtes un élu. De par vos charges d’élu, vous devenez, par essence, un être singulier qui ne rend compte à personne et qui doit s’occuper de tout le monde. Mais il ne faut pas aussi oublier que vous êtes comptable de vos actes devant le peuple sénégalais et, inéluctablement, devant Dieu Maître de l’univers.
C’est pourquoi, tout en vous souhaitant longue vie, je vous prie de bien vouloir, méditer et de faire méditer à tous les hommes politiques, cette parabole qui fait abstraction de tous les délais ou horizons fixés par l’humain :
«  On ne doit pas   oublier  que Dieu   détient  le privilège de  rappeler de ce monde  qui il veut  sans avoir la permission ou l’accord de personne. Au moment de la mort, « l’eternel horizontal » comme disait l’ethnologue Amadou Hâmpaté Bâ, chaque homme passe en revue l’intégralité de sa vie dans ses plus minimes détails. Dépouillé de tout masque flatteur et affranchi de ses propres illusions, il déchiffre sa vie en spectateur qui contemple d’en haut l’arène qu’il quitte ».
Gardons nous donc de ne pas annihiler, au gré de nos intérêts partisans, le legs des pères fondateurs de la nation et des grands commis de l’Etat, pour un Sénégal uni, prospère et solidaire.
*Cheikh Sadibou Doucoure, Spécialiste des droits de l’homme et des questions pénitentiaires



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