Seydi Gassama : « La peine de mort n’a jamais été une panacée contre la criminalité »
Société

Seydi Gassama : « La peine de mort n’a jamais été une panacée contre la criminalité »

Pour le directeur exécutif d’Amnesty Sénégal, Seydi Gassama, « la peine de mort n’a jamais été une panacée contre la criminalité ». Il suggère d’attaquer le mal à la racine. Il s’est confié à Seneweb.

Comment faire face à la criminalité au Sénégal ?
Il faut d’abord savoir que la « criminalité zéro » n’existe nulle part au monde. Tous les pays et toutes les grandes villes du monde sont confrontés au problème de la criminalité et il appartient aux États de prendre les mesures qu’il faut pour comprendre la criminalité. Combattre la criminalité ne signifie pas seulement les mesures sécuritaires.

Que faut-il en plus ?
Les causes de la criminalité sont connues. Elles sont la pauvreté, l’exclusion, le chômage des jeunes, l’usage de la drogue, qui est omniprésent au Sénégal, l’alcoolisme dans les quartiers les plus pauvres de Dakar. Si on règle toutes ces questions, on aura attaqué les causes profondes de la criminalité.

Les forces de sécurité souffrent du manque d’effectifs et, malgré les efforts de ces dernières années, de matériel…
On ne peut pas lutter contre la criminalité si on n’a pas des forces de sécurité en nombre suffisant. Le Sénégal, depuis la radiation des policiers dans les années 1980, traine un déficit chronique en personnel de sécurité. Vous pouvez aller dans certains quartiers, vous ne verrez de policiers que lorsqu’il y a quelque chose qui s’y passe. Donc, c’est ce vide sécuritaire qui fait que la criminalité s’est développée. Il faut une présence policière visiblement dans les quartiers pour dissuader les criminels.
? »On va diminuer la criminalité si on s’attaque aux causes profondes et si on recrute les membres de force de sécurité pour être présents dans les quartiers. »

D’aucuns agitent le retour de la peine de mort. Cette solution pourrait-elle être efficace ?
La peine de mort n’a jamais été une panacée contre la criminalité. Nulle part la peine de mort n’a réussi à juguler la criminalité. Si elle pouvait juguler la criminalité, il n’y aurait plus de crime dans les pays comme Arabie Saoudite, l’Iran, la Chine. Ce sont des État où on exécute pratiquement tous les jours des personnes. Mais cela ne dissuade pas les criminels. Donc, ce n’est pas la peine de mort qui va régler la question de la criminalité. On va diminuer la criminalité si on s’attaque aux causes profondes que nous avons citées précédemment et si on recrute les membres de force de sécurité pour être présents dans les quartiers. Et cela c’est le rôle de l’État.

On entend souvent les populations dire que les criminels vont rarement au bout des peines pour lesquelles ils ont été condamnés ?
On comprend bien qu’au Sénégal, les populations disent : ‘Oui les meurtriers sont vite graciés ou bénéficient d’une réduction de peine’. Je pense que ce sont des inquiétudes légitimes qu’on ne peut pas ignorer. Il faudrait que l’État réfléchisse non seulement à forcer les peines mais aussi à faire en sorte que toutes ces peines soient assorties des périodes de sûreté durant laquelle la personne ne peut pas être libérée. Par exemple, si vous êtes condamnés à 20 ans, qu’il ait une période de sûreté d’au moins de 15 ans pendant laquelle vous ne pouvez ni être gracié ni bénéficié d’un aménagement de peine. Cela va calmer plus ou moins les sénégalais.
« La campagne électorale qui a démarré plutôt que prévu à cause du parrainage est en train de déraper. »

Êtes-vous satisfait de la sortie du procureur à propos du meurtre de Mariama Sagna ?
Le procureur est au courant de l’enquête. Nous pouvons a priori penser que le mobile n’est pas politique. Tous les Sénégalais voulaient entendre cela parce que c’est vraiment la dernière solution que nous souhaitons pour ce pays. Mais, ce qu’il faut dire c’est que cette campagne électorale qui a démarré plutôt que prévu à cause du parrainage est en train de déraper. Ce que nous entendons aujourd’hui, ce n’est pas un débat d’idées, ce n’est pas un débat de programmes mais c’est la diabolisation de l’autre. La diabolisation de l’adversaire. Or en diabolisant l’adversaire on l’expose à la violence de ses partisans. Et cette violence n’est pas généralement commanditée depuis là-haut, ce sont les seconds couteaux qui s’en chargent. Donc, il faudrait que la diabolisation s’arrête aussi bien du côté du pouvoir que de l’opposition et que les gens discutent de programmes.

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