Aryana Sayeed, La Popstar Afghane Qui Réclame Le Respect Des Droits Des Femmes

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La chanteuse pop afghane Aryana Sayeed, lors d’un concert de charité à l’Institut français d’Afghanistan (IFA), à Kaboul, le 7 juillet 2013. © Massoud Hossaini, AFP
Menacée de mort en Afghanistan, la popstar afghane Aryana Sayeed a fui son pays natal et raconte son exil sur les réseaux sociaux. Depuis l’Europe, elle livre son témoignage aux médias du monde entier et promet de se battre pour faire entendre les voix des Afghans, en particulier celles des femmes.

Depuis la prise de Kaboul par les Taliban, des milliers d’Afghans tentent de fuir le pays. La popstar afghane Aryana Sayeed fait partie de ceux qui ont réussi à s’échapper. Saine et sauve, la chanteuse la plus célèbre d’Afghanistan, connue pour ses prises de position en faveur des droits humains, multiplie les interviews.

Âgée de 36 ans et très suivie sur les réseaux sociaux, la chanteuse a régulièrement donné de ses nouvelles à son 1,4 million d’abonnés sur Instagram. « Depuis que j’ai quitté l’Afghanistan et que je suis arrivée à Washington, puis à Los Angeles et maintenant à Amsterdam, je n’ai pas arrêté pendant un seul jour ou une seule heure d’essayer de sensibiliser l’opinion publique sur la situation actuelle en Afghanistan », a-t-elle ainsi écrit, jeudi 26 août, sur son compte.

Sur les plateaux de télévision, Aryana Sayeed décrit aussi ce qu’elle a vu et vécu à l’aéroport de Kaboul, pris d’assaut par des milliers de personnes voulant fuir le régime des Taliban. Une femme a, par exemple, tenté de lui donner son bébé pour l’emmener avec elle. « Les soldats m’ont demandé si c’était mon bébé. J’ai dit : ‘Ce n’est pas le mien mais pouvez-vous, s’il-vous-plaît, laisser passer cette femme parce que son bébé va mourir ? Et ils m’ont dit : ‘Je suis désolé madame. Nous ne pouvons pas faire ça' », a-t-elle raconté mercredi sur CNN.

Menacée de mort bien avant la chute de Kaboul, la chanteuse n’avait pas pour habitude de baisser les yeux face aux intimidations des Taliban et des autres groupes insurgés islamistes. « Je m’exprime contre les Taliban depuis tellement d’années et je me bats contre eux. Mais j’étais littéralement effrayée », a admis Aryana Sayeed.

La jeune femme rapporte avoir traversé cinq checkpoints talibans, la peur au ventre. « L’un d’entre eux a arrêté notre voiture. Il était environ 11 h du soir. Un autre a ensuite éclairé la voiture », se souvient-elle. « Évidemment, j’étais cachée sous mon voile donc ils ne pouvaient voir que mes yeux et je portais des lunettes. C’était juste terrifiant », a poursuivi la jeune femme.

« Je suis en vie après quelques nuits que je ne pourrai jamais oublier »

Aryana Sayeed a eu de la chance : d’après elle, son fiancé a été reconnu par un traducteur afghan qui était sur place. Celui-ci a averti les soldats américains, leur précisant qu’il s’agissait d’Aryana Sayeed, « une chanteuse très célèbre en Afghanistan » et de son fiancé.

L’angoisse prend fin, le 17 août, quand Aryana Sayeed poste un selfie sur Instagram, la montrant à bord d’un avion de l’armée américaine à destination de Doha, au Qatar. « Je vais bien et je suis en vie après quelques nuits que je ne pourrai jamais oublier », a-t-elle écrit, avant de poursuivre : « Mon cœur, mes prières et mes pensées seront toujours avec vous. »


Après quatre jours de voyage, son avion a ensuite atterri aux États-Unis. « Nous sommes loin de la maison mais nous allons bien, nous sommes en sécurité et extrêmement reconnaissants. Et désormais, je ne peux simplement pas m’arrêter de penser à notre peuple et à ceux qui n’ont pas eu la même option que moi « , a-t-elle alors écrit sur Instagram.


Aujourd’hui, Aryana Sayeed se dit « traumatisée ». « Je n’arrive pas à croire que j’ai eu à traverser tout ça », a-t-elle déploré sur CNN. « Faire de la musique, chanter, pourquoi est-ce un tel péché ? Pourquoi devrais-je être traitée ainsi ? Toutes ces femmes pour qui je m’exprime en Afghanistan, pour lesquelles je demande le respect de leurs droits fondamentaux, pourquoi ne devraient-elles pas avoir de droits ? », demande-t-elle.

La star de la pop afghane, qui montait habituellement sur scène sans le hijab et en tenue moulante, craignait pour sa vie. Si les Taliban se sont montrés jusqu’à maintenant moins féroces qu’auparavant, Aryana Sayeed n’a pas cru à cette opération de séduction, affirmant notamment que « les Taliban doivent encore clarifier leur position concernant la musique en elle-même ».


Une femme moderne qui dérange les islamistes

Car Aryana Sayeed n’a pas oublié la guerre civile et le régime des Taliban, fondé sur une interprétation ultra-rigoriste de la charia. Pendant six ans, ces insurgés islamistes ont interdit toutes les formes de divertissement, comme la musique ou la télévision.

Dans ce contexte, Aryana Sayeed a fui l’Afghanistan à l’âge de 8 ans, en pleine guerre civile. Elle s’est réfugiée au Pakistan avec ses parents et ses sœurs. Arrivée ensuite en Suisse, elle a émigré clandestinement au Royaume-Uni, où elle a ensuite obtenu l’asile et retrouvé tous les membres de sa famille. Avant la prise de Kaboul, l’artiste revenait régulièrement en Afghanistan pour des concerts ou des festivals. Elle animait aussi des télé-crochets à l’instar de « The Voice of Afghanistan » et « Afghan Star ».

Dans son pays natal, Aryana Sayeed avait beau être très célèbre, elle n’était pas en sécurité. « Une fois, les services nous ont appelés pour nous informer qu’une voiture bourrée d’explosifs était entrée dans Kaboul et qu’elle avait pour cible Aryana », avait confié, en 2019, Hasib Sayed au journal Le Monde.

Malgré ces menaces et le retour au pouvoir des Taliban, la chanteuse se décrit toujours comme une « activiste » sur son compte Instagram. « Je veux que le peuple d’Afghanistan sache que même si j’ai dû quitter le pays pour rester en vie, je ne les ai pas oubliés et ils sont à chaque instant dans mes pensées et mes prières. Je promets de continuer à être la voix des sans-voix », a-t-elle écrit, jeudi, dans sa dernière publication sur Instagram.