La première nuit où j’ai vraiment senti que ma femme m’a …

La première nuit où j’ai vraiment senti que ma femme m’a …

MOUSSA NDIAYE : La première nuit où j’ai vraiment senti que ma femme m’a …

Dans ce récit, le président de l’Association des maris abandonnés, Moussa Ndiaye, raconte par le menu le calvaire qu’il a vécu dans son mariage.

‘’Un mois avant le mariage, il (le mari) parle, elle (la femme) écoute. Un mois après le mariage, elle parle, il écoute. Dix ans après le mariage, ils parlent en même temps et les voisins écoutent’’, caricaturait ainsi le mariage l’écrivain et poète français Pierre Véron. Le président de l’Association des maris abandonnés, Moussa Ndiaye, n’a même pas fait cinq ans de mariage pour vivre la situation qu’évoque Pierre Véron.

Au début de leur union, tout allait à merveille. Les deux tourtereaux s’offraient des cadeaux, à chaque fois que l’occasion se présentait, pour raviver la flamme de leur amour. Les problèmes ont commencé lorsque l’époux a perdu son emploi. Après sa démission, il a pensé à monter sa propre affaire. Mais ça n’a pas marché. Alors, c’est de là qu’ont commencé les problèmes à la maison. ‘’Elle voulait m’imposer des choses que je ne pouvais pas faire. Elle voulait se comparer aux épouses de mes frères. Alors que nous n’avions pas les mêmes situations financières. Elle voulait avoir tout ce que ces dernières avaient. A un certain moment, je me suis demandé si c’est vraiment la femme que j’ai tant aimée et épousée. Je ne pouvais plus lui donner un ordre. Elle faisait ce qu’elle voulait. Or, tout ce que l’homme a dans sa maison c’est son autorité. Dès qu’il la perd, il ne lui reste rien’’, narre-t-il.

Si l’homme a des soucis dans son lieu de travail, poursuit Moussa, il s’attend à être consolé une fois chez lui. A cette étape de sa vie, il devient fragile. Donc, stressé et troublé par son chômage, Moussa, la quarantaine, cherchait réconfort auprès de sa bien-aimée. Mais, une fois au lit, ses désirs n’étaient pas comblés. ‘’Par exemple, quand je la touche la nuit, elle me repousse avec des expressions violentes telles que : ‘Laisse-moi tranquille !’ ‘L’amour, c’est la seule chose que tu sais faire’’’, confie-t-il avec un sourire forcé.

Ayant largement eu le temps de méditer sur son sort, le président de l’Association des maris abandonnés souligne que ses misères quotidiennes déterminent les comportements des hommes qui sont dans son cas. Très bagarreurs ou fermes à l’extérieur, la situation est tout autre à domicile. ‘’Dès qu’on franchit le seuil de notre maison, on devient presque impotent. On a en général besoin d’être allumé pour fonctionner normalement (Ndlr : pour être viril). Mais si on est laissé à nous-mêmes, on s’éteint comme une flamme’’, philosophe-t-il.

Saint Valentin 2015, soirée de détresse

Vu que son autorité était fortement contestée dans son couple et que leur mariage était sur toutes les lèvres lors des cérémonies familiales, il a fini par accorder le divorce à sa femme. D’ailleurs, cette dernière avait déjà quitté le domicile conjugal. ‘’La première nuit où j’ai vraiment senti que ma femme m’a abandonné, c’était le 14 février 2015. Le jour de la Saint Valentin, la fête des amoureux’’, se souvient Moussa Ndiaye. Puis un silence d’une dizaine de minutes. Il sourit, enfin, et se frotte les yeux comme s’il venait de sortir d’un sommeil profond. Il enlève ses lunettes, les pose sur la table, baisse la tête, la relève, essaie de poursuivre, mais n’arrive pas à trouver les mots. ‘’C’était trop dur. Vraiment dur’’, laisse-t-il entendre. Avant de poursuivre : ‘’J’ai failli me réfugier dans la folie. Mais la folie était trop douce pour me recevoir cette nuit-là. C’était trop dur. Doyoon na waar’’, confesse Moussa.

Comme il avait l’habitude d’acheter des cadeaux à sa femme, à chaque Saint Valentin, il a fait la même chose la première fête, après son départ. ‘’J’ai acheté des chocolats, comme d’habitude. Vu aussi que mon anniversaire c’était le 15 février, on célébrait les deux à la fois. Je suis sorti de chez moi, j’ai marché, traversé la rue sans même m’en rendre compte. Je ne vais pas le cacher, j’étais fou amoureux de ma femme’’, raconte Moussa. Ce sentiment pour sa femme est renforcé, selon lui, par le fait qu’il a été pendant longtemps célibataire. ‘’Si on tarde à épouser une femme et qu’elle nous donne nos premiers enfants qui sont jumeaux, il y a forcément quelque chose de fort qui nous lie à elle’’, dit-il. Il rigole.

Cependant, à travers sa voix, on peut encore sentir son amertume. Après ce moment de chagrin, l’homme révèle qu’il s’est rendu pour la ‘’première fois’’ dans un bar. Où il a pris cinq bouteilles de Schweppes Tonic ‘’sans même s’en rendre compte’’, pour soulager sa peine, pour se consoler.

Toutefois, quand il est rentré chez lui, il s’est mis à prier et à lire le Coran. ‘’C’est ce qui m’a aidé à me remettre’’, renseigne-t-il.

Des réunions en catimini

Après le départ de sa femme, l’homme solitaire a pensé à créer une association, un cadre d’échanges, afin de se défouler. Pour le moment, ils ne sont pas légalement constitués. Leur première réunion a eu lieu en 2016. Ils étaient un groupe de cinq personnes, au début. Aujourd’hui, 12 hommes se sont engagés à leurs côtés. ‘’Au Sénégal, on n’a pas l’habitude d’entendre les hommes parler de leurs sentiments. C’est ce qui nous a freinés. Certains hommes ont de la pudeur pour parler de la question. Même si nous devons nous réunir, au niveau du centre, vu que c’est un lieu très fréquenté, ils ont des problèmes pour nous rejoindre. On se réunit en catimini. Vu que c’est un sujet tabou, en parler, c’est comme divulguer notre secret’’, fait-il savoir. Parmi ces hommes, explique le président, certains ont été ‘’abandonnés’’ par leurs femmes, parce qu’ils sont devenus malades, ont fait la prison ou n’ont plus de travail.

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